À Toulon, ANESTHÉSIA ouvre le dialogue autour de la proposition de loi sur l'aide à mourir et met en lumière les soins palliatifs

Après Nice, Orange, Gap et Gardanne, le documentaire ANESTHÉSIA était projeté hier soir au cinéma Pathé Liberté de Toulon, alors que le Parlement poursuit l’examen de la proposition de loi sur l’aide à mourir.
Face au très grand nombre d’inscriptions, la projection affichait complet. Le cinéma Pathé Liberté a ainsi décidé, dès la veille, de transférer la séance dans une salle beaucoup plus grande afin de permettre à davantage de personnes d’y assister.
Cette projection-débat, organisée à l’initiative de Dre Delphine Prenat-Molimard, médecin de l’équipe mobile de soins palliatifs de l’HIA Sainte-Anne de Toulon et nouvellement élue au conseil d’administration de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) et du Dr Jean-Marc Lapiana, médecin et directeur de la Maison Gardanne, s’est prolongée par un temps d’échange avec le public, animé par les deux médecins. Ensemble, ils ont partagé leur expérience de terrain et apporté le regard des soins palliatifs sur les questions soulevées par le film.
Réalisé par Damien Boyer, ANESTHÉSIA nous emmène en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, au Québec, en Écosse et en France. Sans voix off, le film laisse les personnes raconter leur propre histoire. Plus qu’un documentaire sur la mort, il s’intéresse à ce qu’il se passe après : les familles qui restent, les deuils, les blessures invisibles, mais aussi les évolutions des législations dans les pays ayant légalisé l’aide à mourir. En donnant la parole à celles et ceux qui les vivent, le réalisateur alerte sur les élargissements successifs observés à l’étranger et invite chacun à réfléchir aux conséquences humaines et sociétales de ces choix.
Le spectateur rencontre notamment Marga, qui tente de se reconstruire après l’euthanasie de sa fille de 31 ans atteinte d’anorexie sévère ; Claire, atteinte de la même maladie neurodégénérative que son père, qui témoigne des conséquences de son choix sur toute leur famille et affirme que, face à la même maladie, elle choisit profondément la vie ; ou encore une famille autochtone québécoise bouleversée par la demande d’aide médicale à mourir de l’un des siens. Des récits qui donnent un visage à un débat souvent abordé sous le seul angle juridique.
Au-delà de la question de l’aide à mourir, ANESTHÉSIA interroge notre regard sur la maladie, le handicap, la dépendance et la vulnérabilité. À quel moment une personne cesserait-elle d’être digne ? La dignité disparaît-elle avec la perte d’autonomie ou réside-t-elle, au contraire, dans notre capacité à reconnaître pleinement la valeur de chaque vie et à continuer à prendre soin des plus fragiles ? Sans apporter de réponse toute faite, le documentaire invite chacun à déplacer son regard.
Le film met également magnifiquement en lumière les soins palliatifs français à travers la Maison Gardanne, où les patients sont considérés comme des résidents avant d’être des malades. Il montre la force des liens qui unissent soignants, bénévoles, résidents et proches. On y découvre un lieu où l’amour, la joie, les rires et la tendresse ont toute leur place, où la vie continue d’être pleinement vécue jusqu’au dernier souffle. Une philosophie que le Dr Jean-Marc Lapiana résume par cette phrase : « Ici, on ne vient pas finir, on vient accomplir. »
Le débat qui a suivi a prolongé cette réflexion. Les deux intervenants ont présenté leur pratique quotidienne et rappelé que le rôle des soignants est d’accueillir l’ambivalence des personnes gravement malades. Entre l’accablement, le désir de mourir et le retour de l’envie de vivre, les souhaits évoluent. C’est ce mouvement que les équipes de soins palliatifs accompagnent, avec présence, écoute et sans jugement. Ils ont rappelé que les soins palliatifs accompagnent la personne dans toutes ses dimensions – physique, psychique, sociale et spirituelle – et que la vie y est accueillie et accompagnée jusqu’au bout. Ils ont également mis en lumière la place essentielle des bénévoles, acteurs à part entière de cet accompagnement.
Le Dre Delphine Prenat-Molimard a également souhaité rappeler que les soins palliatifs sont, pour une très large part, prodigués au domicile des patients grâce au travail remarquable des professionnels de santé libéraux, et tout particulièrement des infirmiers. « Loin des regards, dans l’intimité de la vie de nos patients, ils accomplissent un travail exceptionnel, avec patience et une immense humanité », a-t-elle souligné. Elle a également insisté sur la nécessité de mieux les soutenir et les encourager, notamment par le développement de formations accessibles à tous les professionnels, en particulier le diplôme d’Université (DU) ouvert dès le niveau Bac et permettant de renforcer les compétences de tous les acteurs de terrain.
Ils ont ensuite invité tous les professionnels des soins palliatifs présents dans la salle à se lever. Médecins, infirmiers, aides-soignants, psychologues, bénévoles… ont été chaleureusement applaudis par le public, en hommage à leur engagement quotidien auprès des personnes les plus vulnérables.
Le Dr Jean-Marc Lapiana a partagé une expérience qui a profondément marqué l’assemblée : « Nous avons accueilli des centaines de personnes qui, en arrivant, nous disaient vouloir mourir… et qui ont ensuite choisi de vivre. » Une phrase qui rappelle combien le désir de mourir peut évoluer lorsque la souffrance est soulagée, que la personne est entourée et qu’elle bénéficie d’un accompagnement de qualité. Les deux intervenants ont ainsi rappelé qu’un véritable choix ne peut exister que si chacun a accès à des soins palliatifs de qualité, partout sur le territoire.
Avant de conclure, le Dr Jean-Marc Lapiana a partagé une conviction forte : « Les soins palliatifs sont l’avenir de la médecine. » Une médecine qui ne se limite pas à traiter une maladie, mais qui prend soin de la personne dans toute son humanité.
Parce qu’il raconte des histoires profondément humaines plutôt que des idées abstraites, ANESTHÉSIA ne laisse personne indifférent. Les nombreuses questions du public, les témoignages des soignants présents et la qualité des échanges en ont témoigné. Chacun est reparti touché, parfois ébranlé, avec des convictions questionnées et un regard renouvelé sur la vulnérabilité, la dignité et la manière dont notre société choisit d’accompagner les plus fragiles.