4ème Congrès de soins palliatifs de Nice : retour sur une journée de réflexion interdisciplinaire
Les soins palliatifs sont encore trop souvent associés aux seuls derniers instants de la vie. Ils demeurent parfois perçus comme une pratique en marge des autres spécialités médicales. Pourtant, anticiper l’évolution des maladies graves et chroniques, réfléchir au niveau d’engagement thérapeutique, au sens des soins, aux objectifs des traitements, des explorations ou encore des interventions chirurgicales constitue aujourd’hui une nécessité.
À l’occasion de cette quatrième édition du Congrès de soins palliatifs de Nice, le comité scientifique a souhaité créer un véritable espace de réflexion et de dialogue interdisciplinaire afin de mieux comprendre la manière dont les différentes spécialités appréhendent les enjeux des soins palliatifs, y compris dès les phases précoces de la maladie.
Au-delà des approches médicales et soignantes, cette journée a également permis de croiser les regards du droit et des sciences humaines, indispensables pour éclairer la place des soins palliatifs dans notre société, les cadres juridiques qui les fondent ainsi que les dimensions éthiques, sociales et culturelles qui les traversent.
Grâce à la qualité des interventions et à la richesse des échanges, cette journée a offert une réflexion particulièrement dense et stimulante.
Intégrer les soins palliatifs au cœur des parcours de soins
La matinée s’est ouverte avec une intervention de la Dre Claire Fourcade, médecin de soins palliatifs et responsable du pôle Plaidoyer de la SFAP, consacrée aux enjeux d’intégration des soins palliatifs et aux attentes de notre société. Elle a souligné l’importance de créer des espaces de dialogue permettant d’aborder avec les patients ce qui compte réellement pour eux. Elle a rappelé la nécessité de développer les discussions anticipées et interrogé nos organisations : comment créer les conditions pour que ces échanges puissent avoir lieu ? Comment partager ces informations avec l’ensemble des professionnels impliqués dans le parcours de soins, notamment les soignants de premier recours ? Elle a également évoqué nos interdépendances et montré combien l’injonction contemporaine à l’autonomie pouvait parfois générer de la solitude. Enfin, elle est revenue sur la loi relative aux soins palliatifs adoptée le 26 mai 2026, qu’elle a qualifiée de « loi de continuité », représentant davantage une évolution qu’une révolution. Comme elle l’a rappelé : « Ce regard sur la vulnérabilité, porté par les soins palliatifs, est un projet sociétal que nous incarnons toutes et tous. »
Le Pr Aline Cheynet de Beaupré, professeure de droit à l’Université d’Orléans, a ensuite présenté les enjeux juridiques contemporains de la fin de vie et des soins palliatifs. Après avoir clarifié le vocabulaire entourant l’aide à mourir, elle a analysé le projet de loi dans son ensemble, en explicitant les principales dispositions, les interrogations qu’il suscite et les points de vigilance qu’il convient de retenir.
La matinée s’est poursuivie avec une intervention consacrée au traitement conservateur et à l’Adaptation raisonnée des thérapeutiques (ART) en néphrologie. Le Pr Luc Frimat, chef du service de néphrologie du CHU de Nancy et président du CNP de néphrologie, a plaidé pour une médecine qui intègre pleinement la voix du patient. Il a rappelé les limites de la dialyse, la nécessité d’une décision d’initiation toujours réfléchie et les questionnements qui entourent l’arrêt de ce traitement. Il a également présenté la place du traitement conservateur et défendu une approche globale de la maladie rénale chronique. Dans ces situations souvent complexes, tant sur les plans médical, relationnel qu’éthique, il a montré combien la complémentarité entre néphrologues et équipes de soins palliatifs permet d’ajuster les décisions au plus près des besoins et des valeurs des patients.
Des pratiques en dialogue : gérer, soigner et décider ensemble
L’après-midi a débuté par la présentation des travaux du Pr Marie-Astrid Le Theule, professeure au CNAM-LIRSA, et de Mme Mylène Canva, chercheuse en sciences de gestion. Leurs recherches interrogent les modèles actuels de gestion hospitalière et défendent l’idée qu’une autre manière de gérer est possible, au service d’une société plus juste. À travers leur documentaire Le Prix de la vie, réalisé selon une approche ethnographique au sein d’un service de gériatrie, elles montrent tout ce que les outils de mesure actuels, et notamment la tarification à l’activité, ne parviennent pas à saisir. La possibilité d’une tarification conciliant qualité des soins et efficience a également nourri les échanges.
La Dre Marie Darrason, pneumologue au Médipôle Lyon-Villeurbanne, a ensuite abordé la prise en charge palliative précoce dans l’insuffisance respiratoire chronique. Elle a rappelé les difficultés pronostiques de cette pathologie, la fréquence de symptômes particulièrement invalidants, mais aussi leur banalisation. Alors que ces patients accèdent encore insuffisamment aux soins palliatifs, la question « Quand faut-il solliciter les soins palliatifs ? » demeure complexe. Les critères reposent à la fois sur la sévérité de la maladie et sur les besoins exprimés par les patients. Elle a notamment présenté l’intérêt de la « question surprise » comme outil de repérage, tout en développant l’approche multidimensionnelle nécessaire à l’évaluation et au soulagement de la dyspnée.
Le Dr Renaud Flamein, chirurgien oncologue à l’Institut de chirurgie et d’oncologie du Millénaire à Montpellier, a proposé une réflexion particulièrement stimulante autour de la chirurgie palliative : « Guérir parfois, soulager souvent, accompagner toujours : jusqu’où opérer quand le bistouri ne guérit pas ? » Il a rappelé que le geste chirurgical n’a de sens que lorsque le mécanisme est focal, réversible ou contournable, tout en insistant sur l’importance d’évaluer la réserve physiologique avant toute intervention. Il a distingué l’indication chirurgicale de « l’impulsion chirurgicale » et rappelé que le chirurgien ne décide jamais seul : « La bonne décision naît de la tension entre les regards, pas de la victoire des uns sur les autres. » Il a également présenté la place de la chirurgie palliative, le fonctionnement des réunions de concertation pluridisciplinaire et l’importance du dialogue avec les équipes de soins palliatifs.
Enfin, le Dr Samuel Gaugain, praticien hospitalier en réanimation chirurgicale à l’hôpital Lariboisière (AP-HP), est venu illustrer la collaboration étroite entre réanimation et soins palliatifs. À travers son expérience, il a montré combien cette coopération enrichit les pratiques et améliore l’accompagnement des patients confrontés à des situations critiques.
Regards croisés : une dynamique collective au service des patients
Au fil des interventions, la diversité des approches, la qualité des échanges et la richesse des réflexions autour de situations complexes ont illustré combien les soins palliatifs constituent aujourd’hui un enjeu transversal, partagé par l’ensemble des spécialités médicales et soignantes. Cette journée a rappelé que réfléchir ensemble, confronter les points de vue, construire une culture commune et développer des collaborations durables sont autant de leviers pour proposer des prises en charge toujours plus ajustées aux besoins des patients et de leurs proches. Plus que jamais, ces regards croisés apparaissent comme une condition essentielle pour faire progresser les pratiques et relever collectivement les défis de la médecine de demain.
Un grand merci au Pr Flora Tremellat pour l’organisation et la présidence de ce congrès.
Merci également à l’ensemble du comité scientifique : Mme Manon Demay, infirmière en pratique avancée (CHU de Nice) ; Dre Élise Gilbert, praticien hospitalier au Département de soins de support et soins palliatifs (CHU de Nice) ; Dre Pauline Leroy, praticien hospitalier en médecine de la douleur et soins palliatifs (CHU de Nice) ; Mme Céline Letroublon (CHU de Nice) ; Mme Véronique Malod, infirmière experte en soins de support et soins palliatifs (CHU de Nice) ; et le Dr Gaëtan Saudemont, médecin en médecine palliative au Centre Hospitalier Princesse Grace (Monaco).
Enfin, un immense merci à l’ensemble des intervenants pour la qualité de leurs présentations, ainsi qu’à tous les participants pour la richesse des échanges. C’est en croisant nos regards, en partageant nos expériences et en construisant ensemble que nous continuerons à faire progresser les soins palliatifs au bénéfice des patients et de leurs proches.